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27

nov.

La traite par robot, c’est mieux pour les vaches?

Par la fellow Sally Guy

Par un matin frisquet de novembre, nous nous sommes garés devant la Ferme Roystein, l’une des fermes laitières les plus technologiquement avancées au Québec. Nous avions lu des citations des propriétaires sur l’amélioration de l’efficacité et sur la liberté et le bien-être des vaches, mais nous demeurions sceptiques. Nous avions vu « l’agriculture technologiquement avancée » en personne.

Certains des Fellows sont végétaliens, d’autres sont végétariens. Ils ont des convictions profondes qui rendent extrêmement difficile la visite de toute ferme de production laitière ou bovine. Comment la traite des vaches par des robots peut-elle améliorer leur sort?

Mais il n’y a eu ni lamentations ni usage d’un aiguillon. Bien au contraire. Guy Roy et son fils, Michael, qui aide à exploiter la ferme, connaissaient chacune par son nom. Les vaches allongeaient la tête pour se faire gratter le mufle et se mettaient calmement à la queue leu leu, de leur propre chef et au moment qui leur convenait, afin de se faire traire. La trayeuse robotisée était douce, silencieuse et les vaches semblaient vraiment apprécier le processus.

Par contre, ce n’est pas une utopie : les veaux sont tout de même séparés de leur mère à un âge plutôt précoce et les mâles sont envoyés à la boucherie. Il y a aussi la question des changements climatiques et des ressources qu’il faut pour produire le lait. Mais ce que je veux dire est que ces vaches étaient calmes et satisfaites, et leurs propriétaires les aiment, c’est évident. Ils nous ont dit que les vaches sont beaucoup plus gentilles depuis que ce sont des robots qui les traient. Avant, il fallait les attacher et les séparer de leur troupeau pour les traire. Maintenant, elles éprouvent beaucoup moins de stress.

Après la visite et le déjeuner avec tout le clan Roy, le Fellow Julien Valmary s’est levé pour officiellement remercier nos hôtes. Avec éloquence, il a fait l’éloge des preuves et des valeurs, des sous-thèmes d’Action Canada cette année, sur la ferme. Ces gens ont pris le risque de faire confiance aux preuves les plus récentes et à la technologie en espérant que cela améliorerait leur efficacité et leur compétitivité, mais aussi le bien-être de leurs vaches, ce qui est particulièrement important pour eux. Et cela fonctionne.

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Ce voyage d’études le plus récent a eu lieu du 31 octobre au 4 novembre 2018 à Montréal et en Montérégie et je manquerais de considération si je ne faisais pas des remerciements.

Merci aussi aux formidables mentors et conseillers : Brian Topp, André Juneau, Guillaume Lavoie, Elaine Feldman et Don Buckingham qui nous ont tous si généreusement donné de leur temps et de leur expertise.

Et surtout, merci à tous les incroyables invités qui ont pris le temps pour nous parler pendant ce voyage :

Au cours d’une séance mémorable intitulée Québec 101, Guillaume Lavoie, qui portait deux chapeaux en tant que mentor et conférencier lors de ce voyage, nous a donné, en tant qu’anglophones du « Rest of Canada » les grandes lignes de la politique au Québec. Il nous a aussi tous invités chez lui (alors que ses deux jeunes enfants voulaient seulement voir un film de Disney et aller au lit) pour boire un verre et converser.

Chantal Hébert, qui a passé presque deux heures avec nous (ce qui l’a presque mise en retard pour une apparition télévisée) et qui a répondu à nos questions sur le populisme, l’histoire et les façons de surmonter notre sentiment d’insécurité dans la recherche de la vérité. Sans mentir, nous étions suspendus à ses lèvres.

Morris Rosenberg, un homme qui a plus d’expérience en politiques et leadership que l’expérience combinée de tout le personnel de nombreuses organisations, nous a parlé de l’importance cruciale de tisser des liens plus authentiques avec les personnes avec qui nous avons des divergences sur le plan des valeurs ou des opinions.

Jean-François Harel, de La Coop fédérée, nous a permis de beaucoup mieux comprendre les forces du modèle coopératif et nous a parlé des leçons que ce modèle peut nous enseigner et de la manière dont certains de ses principes peuvent être bénéfiques aux politiques gouvernementales. Tout comme M. Rosenberg, il nous a rappelé qu’« il faut se parler, surtout quand on ne s’entend pas ».

Charles-Félix Ross, directeur général de l’Union des producteurs agricoles, nous a offert une présentation très riche sur les rôles de l’UPA, son travail de défense des droits et son espoir pour un secteur agricole vigoureux au Québec. Son équipe nous a aussi mis en contact avec la famille Roy pour notre visite de la ferme, ce pourquoi nous lui devons beaucoup!

Suzanne Nault portait elle aussi deux chapeaux cette fois-ci, guidant encore une fois les Fellows au cours d’un processus d’accompagnement par les pairs qui nous a amenés à être confiants et honnêtes à propos de nos principaux blocages professionnels, un sujet souvent très sensible, et à obtenir l’avis de nos collègues. Elle nous a aussi dirigés lors d’une séance sur la conversation intelligente, nous mettant au défi de réfléchir à ce qui nous met sur la défensive et à pourquoi et à comment poser de meilleures questions. Nous savons, bien sûr, que les bonnes questions sont essentielles à tout bon processus d’élaboration de politiques.

Jonathan Plamondon, Nathalie Chapdelaine et Emilie Nicolas, trois personnes qui ont participé à Action Canada dans le passé, ont abordé magnifiquement le thème de trouver sa place. Jonathan a réfléchi au pouvoir des relations réciproques et sur le fait que vous vous brûlerez si vous n’obtenez rien en retour de votre travail. Nathalie a parlé de la très grande importance de remettre en question ceux que notre société a approuvés ou normalisés comme détenteurs du pouvoir. Emilie en a fait pleurer plusieurs (en tout cas, moi) en parlant du fait que ce qui est personnel est politique et du fait que même si nous sommes très privilégiés de faire partie d’un groupe d’élaboration de politiques, il s’agit en fait d’une fonction du privilège d’avoir la capacité de se désengager des politiques, car pour tant de personnes, le militantisme et l’engagement sont une forme de survie.

À tous ceux qui ont assisté à notre repas du dialogue (un grand merci aux extraordinaires étudiants de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, qui nous ont servi un repas incroyable), merci de nous avoir réservé une place à la table proverbiale d’Action Canada. Parce qu’elles étaient assises à proximité, j’ai eu la chance de parler le plus à Annie Sabourin, qui m’a rappelé l’importance de chercher la magie dans notre quotidien, et à Katherine Pineault, avec qui j’ai parlé de l’incroyable importance de trouver un équilibre et de fixer des limites. Je leur dois des remerciements particuliers, car grâce à elles, je me suis sentie très chaleureusement bienvenue.

Diana Bronson, directrice générale du Réseau pour une alimentation durable, a pris connaissance des travaux de chacun de nos groupes de travail et nous a offert des commentaires individualisés pour nous aider à peaufiner nos messages, le tout pendant la période la plus occupée des préparatifs de la 10e assemblée du Réseau, la Tablée des idées. En tant que Fellows, nous avons en effet eu la chance d’avoir le temps d’assister à l’assemblée plénière d’ouverture et à quelques autres séances. L’assemblée a rassemblé des gens de nombreux secteurs aux points de vue fort différents, mais qui partagent tous la vision d’un système alimentaire sain, durable et équitable pour le Canada.

J’ai été chanceuse, en particulier, d’assister à une séance animée par Anelyse Weiler, doctorante et boursière de la Fondation Trudeau, dont les recherches portent sur les travailleurs agricoles migrants, en compagnie de deux anciens travailleurs originaires de la Jamaïque qui ont été blessés au travail. Elle a facilité un dialogue incroyablement réfléchi entre ces deux hommes et l’auditoire, composé de représentants syndicaux, d’étudiants, de fermiers, de chercheurs, d’organismes de défense et, bien sûr, de nous, les Fellows. Si cette séance est représentative, la Tablée des idées a été une assemblée très dynamique, c’est certain.

L’honorable Jean Charest, qui nous a invités tous les 16 dans son bureau et qui a passé une bonne partie de sa journée à nous parler de son parcours, du pouvoir insoupçonné des échecs, et de la différence entre être un général « en temps de paix » et « en temps de guerre ». Il nous a mis au défi de ne jamais oublier, en brossant le tableau général, les aspects du quotidien qui nous  motivent : les gens, les valeurs, la famille.

Kate Heartfield, auteure et experte des pages d’opinion, qui nous a guidés à travers une séance formidablement pratique sur l’art d’écrire efficacement ainsi que les manières de s’adresser à différents publics. En tant que personne provenant du secteur de la défense des droits, elle m’a fait réfléchir au danger de la « thèse douce » (son terme!) : cet appel à l’action général qui dit qu’on « devrait s’en soucier davantage parce que c’est la bonne chose à faire », un piège dans lequel on peut tomber quand on travaille très près ou qu’on se soucie beaucoup d’un certain sujet. Je vais me souvenir de cette leçon dans le cadre de mon travail à l’Association canadienne des travailleurs sociaux.

Et merci, bien entendu, à la famille Roy, qui a pris le temps de faire visiter sa ferme à notre groupe bruyant et indiscipliné en répondant à nos questions (souvent très « citadines ») sur le processus et sur les vaches. À un certain moment, en regardant la trayeuse robotisée, j’ai dit : « Nous sommes dans le futur! » Avec fierté et un brin de malice, Guy Roy a répondu : « Non, nous sommes dans le présent. ». Je n’oublierai pas cette expérience.

Merci au personnel d’Action Canada et du Forum des politiques publiques pour un autre formidable voyage d’études. Anna Jahn, Jonathan Perron-Clow et Komlanvi Dodjro nous ont permis de demeurer organisés et de respecter notre horaire, ce qui est un grand accomplissement quand on connaît l’étrange phénomène du « tourner en rond », soit se perdre, se buter les uns aux autres et être soudainement incapables de lire une carte, qui affecte tout groupe de plus de 10 adultes transportés ensemble en autobus.

Et aux autres Fellows, au contraire d’une certaine chanson de Shania Twain, vous m’impressionnez énormément. Je pense que je devrai écrire un billet entier à ce sujet à un moment donné.

Publié parPosted by Jonathan Perron-Clow
nov. 27th, 2018
27 nov. 2018
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