Quand la souveraineté devient une histoire : réflexions d’un séjour au Québec
« Alors, c’était comment? », m’a demandé mon fiancé lorsque je suis rentrée à Toronto après le premier voyage d’étude d’Action Canada.
« Transformateur », ai-je répondu.
Du 15 au 20 juin, la cohorte 2026–2027 d’Action Canada a entamé son parcours à Québec, où nous avons exploré la vision particulière de la province à l’égard du thème annuel : la souveraineté dans le Nord. Tout au long de la semaine, nous avons rencontré une grande diversité d’intervenants et de détenteurs de droits afin de mieux comprendre les réalités politiques, culturelles et économiques du Québec, ainsi que leurs liens avec le Nord.
En montant dans l’avion qui nous conduisait, mes collègues fellows et moi, de Toronto à Québec, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Mille questions me traversaient l’esprit : Comment notre cohorte réagira-t-elle aux enjeux que nous aborderons? Comment apprendrons-nous à travailler ensemble? Comment puis-je tirer le meilleur de cette expérience?
Au fil de la semaine, une réflexion s’est imposée à moi. Comme leaders, nous avons souvent tendance à mesurer le succès à l’aide d’indicateurs quantitatifs : les revenus générés par une initiative, le nombre de personnes rejointes par une nouvelle idée, ou encore le nombre de résultats issus d’une seule initiative. Pourtant, au fil de la semaine, j’ai commencé à réaliser que le leadership devrait plutôt se mesurer à partir d’une question qualitative essentielle : dans quelle mesure les personnes ont-elles été transformées par une initiative ?

Cette réflexion s’est ancrée dès notre première visite à Wendake, sur le territoire de la Nation Huronne-Wendate. Nous y avons découvert la réalité d’une communauté établie en milieu urbain, visité un village traditionnel reconstitué, puis exploré l’Hôtel-Musée Premières Nations. Plus qu’un hôtel et un musée, ce lieu témoigne d’une vision ambitieuse où le développement économique s’appuie sur la culture et l’identité. Son histoire illustre avec force ce qu’une communauté peut accomplir lorsque la résilience, le sentiment d’appartenance et une vision commune guident son développement.
Par la suite, nous avons approfondi l’histoire politique du Québec, notamment les mouvements souverainistes qui ont suivi la Révolution tranquille. Ces échanges ont trouvé un écho particulier chez les fellows originaires de l’Alberta, dont je fais partie. Dans ma province d’origine, les débats sur la souveraineté prennent aujourd’hui une forme plus radicale, certains évoquant même la possibilité d’un référendum sur la séparation.
Je me suis alors demandé jusqu’où la souveraineté pouvait être un levier de changement positif pour une communauté, mais aussi, dans certaines circonstances, devenir un facteur de division. Cette réflexion a conduit notre cohorte à une question essentielle : quelle place les communautés autochtones, et particulièrement les Inuit dans le Nord québécois, occupent-elles dans ces débats? Comment une société peut-elle évoluer si certaines voix demeurent absentes des lieux où se prennent les décisions?
Nous n’avons pas obtenu de réponse claire. Ce silence m’a toutefois laissé une conviction profonde : toute réflexion sur la souveraineté qui exclut des voix essentielles, notamment celles des peuples autochtones, est vouée à l’échec. Pour bâtir des communautés plus fortes, toutes les perspectives doivent être entendues parce que le progrès exige que nous nous transformions tous en réunissant nos différents points de vue et perspectives à travers le dialogue.

Le lendemain, notre visite à la Citadelle de Québec nous a fait découvrir une autre facette de la souveraineté, cette fois sous l’angle de la sécurité nationale. Nous avons été invités à considérer les crises non seulement comme des menaces, mais aussi comme des occasions de repenser les politiques publiques. Elles peuvent nous amener à remettre en question nos certitudes et à imaginer de nouveaux cadres d’action, mieux adaptés aux besoins de l’ensemble de la population canadienne.
Nous avons réfléchi aux possibilités qui pourraient émerger pour le Nord canadien dans le contexte géopolitique actuel. Nos échanges étaient empreints à la fois d’un sentiment d’urgence, d’optimisme et d’une volonté de transformer les inquiétudes en pistes d’action pour l’avenir.
Au terme de cette semaine, une chose est devenue évidente : les discussions sur la souveraineté sont avant tout une invitation à repenser notre façon d’envisager l’avenir collectif. Mais ce que je retiens surtout, c’est que la souveraineté ne signifie pas la même chose pour toutes les communautés. Elle est façonnée par des histoires, des réalités et des aspirations différentes.

En quittant Québec, nous rapportions bien plus que des notes et des souvenirs. Nous repartions transformés. Le Québec a remis en question certaines de nos certitudes, élargi nos perspectives et nous a rappelé qu’au fond, la souveraineté est d’abord une question de personnes. Forts de cette réflexion, nous tournons maintenant notre regard vers Whitehorse.
