Politique

Une stratégie nationale pour une meilleure résilience des foyers au Canada

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Publié:4 mars 2026

Auteurs: MAHA ACHKAR, SWETA DABOO, THOMAS HANNAFORD, FERGUS LINLEY-MOTA, JIMMY LOU, RAFAËL PROVOST

Mentor.e: Suzanne Gouin

Les catastrophes naturelles causant des dommages de plusieurs milliards de dollars étaient autrefois rares au Canada. Désormais, avec les changements climatiques qui intensifient les inondations, les incendies de forêt et les tempêtes violentes, on en recense chaque année.

En 2024, les dommages dus aux sinistres non assurés étaient estimés à 24 milliards de dollars, soit environ les trois quarts du coût total lié aux sinistres. De ces dommages non assurés, les foyers ont absorbé environ 18 milliards de dollars. Ces coûts sont rarement visibles dans le suivi des dépenses publiques. Entre 2020 et 2024, les dépenses fédérales pour les catastrophes se sont élevées à 2,4 milliards de dollars, soit plus de 20 fois les valeurs normales historiques, et les dépenses provinciales, territoriales et municipales augmentent parallèlement. Ces tendances révèlent une défaillance structurelle qui aggrave lentement la crise du logement et du coût de la vie : le Canada transfère le coût des sinistres¹ à des foyers qui ne peuvent ni percevoir les risques ni se permettre de s’en protéger.

Le principal défi du Canada n’est pas un manque de programmes ou d’expertise. Les programmes existent, mais les foyers n’y ont pas accès au moment où leurs décisions déterminent leur niveau de risque. Trop souvent, au Canada, la population :

  • choisit un domicile sans connaître les risques encourus.
  • souscrit une assurance sans comprendre ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas.
  • protège son domicile sans savoir quelles mesures de préparation sont les plus importantes.
  • navigue seule lors du rétablissement après sinistre entre huit à dix systèmes déconnectés.

Cet échec est dû à la fragmentation de l’autorité et de la responsabilité. Le gouvernement fédéral supporte des coûts croissants pour des risques qu’il ne peut pas percevoir et des décisions d’aménagement du territoire qu’il ne contrôle pas. Les provinces et les territoires réglementent les déclarations et les marchés d’assurance sans avoir accès à l’information fédérale normalisée sur les risques au moment de l’achat ou de la location. Les municipalités fournissent des services directement aux foyers, mais ne peuvent pas coordonner les divers prestataires d’assurance, l’aide provinciale et le financement fédéral. La responsabilité incombe par défaut aux foyers, au moment où ils sont le moins en mesure de la gérer.

Ce rapport propose une stratégie nationale pour une meilleure résilience des foyers qui aligne les autorités existantes avec les décisions des foyers déterminant leur exposition financière face aux sinistres. Le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités (LICC) est bien placé pour diriger ce travail, en réunissant les partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux en 2026 autour de quatre événements clés : le choix du domicile, le choix d’une assurance, la protection du domicile et le rétablissement après un sinistre.

La stratégie s’articule autour de trois recommandations :

1- Permettre aux foyers d’agir à quatre moments clés.

2- Harmoniser les prestations grâce à une Table de résilience des foyers. LICC et Sécurité publique Canada convoqueraient un organe de coordination à durée limitée en 2026, en partenariat avec les provinces et les territoires. Celui-ci coordonnerait les prestations fédérales, provinciales et territoriales en fonction des besoins des foyers plutôt que des mandats institutionnels.

3- Lier le partage des coûts au niveau fédéral à des résultats mesurables pour les foyers. S’appuyant sur la modernisation en 2025 des Accords d’aide financière en cas de catastrophe (AAFCC), le programme fédéral qui rembourse aux provinces et aux territoires les coûts de rétablissement après sinistre, la stratégie lierait plus étroitement le financement aux conditions qui réduisent la responsabilité à long terme du gouvernement : une meilleure couverture d’assurance, une divulgation précoce des risques et l’achèvement des travaux prioritaires de rénovation.

Auteurs:
    Maha Achkar

    Maha Achkar

    2025/26

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    Maha Achkar est née au Liban et s’est installée au Canada à l’adolescence. Diplômée de McGill et de l’Université de Montréal, elle s’est spécialisée en sciences politiques et en études internationales. Son parcours professionnel a commencé en 2012, lorsqu’elle est devenue étudiante coop au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international à Ottawa. Sa passion pour le service public l’a amenée à y consacrer plus de dix ans. Elle travaille au Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique depuis 2015. Maha est passionnée par la politique, l’actualité et l’appareil gouvernemental. Tout au long de sa carrière, elle a contribué à la mise en œuvre de nombreuses politiques fondées sur des données probantes. Elle est fière de travailler pour une institution qui renforce la démocratie et la confiance du public. Elle aime voyager, courir et élaborer des théories politiques pour donner un sens aux gros titres d’aujourd’hui.

    Sweta Daboo

    Sweta Daboo

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    Sweta est une professionnelle dynamique du milieu politique, possédant de l’expérience en politiques publiques, en engagement civique et en direction d’organisations à but non lucratif. Originaire de l’Île Maurice, elle réside à l’Île-du-Prince-Édouard depuis 2016. Elle est actuellement analyste principale des politiques à la Faculté de médecine de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (UPEI), où elle soutient l’élaboration des politiques, la planification stratégique et les processus d’accréditation.

    Précédemment, elle a occupé des postes clés en politique fédérale, notamment en tant que conseillère politique et assistante législative sur la Colline du Parlement. Sweta a également dirigé la PEI Coalition for Women in Government (aujourd’hui PEI Coalition for Women in Leadership) en tant que directrice, devenant une fervente défenseure de l’équité, de la diversité et de l’inclusion dans le leadership politique.

    Elle est titulaire d’une maîtrise en gestion politique de l’Université Carleton et d’une licence en sciences avec mention de l’UPEI. Récipiendaire de la Médaille du jubilé de platine de la Reine Elizabeth II, Sweta est aussi une collaboratrice active des médias et une dirigeante communautaire. Son travail a été reconnu pour son impact sur l’égalité des sexes, la défense des étudiants et la gouvernance inclusive à tous les niveaux.

    Thomas Hannaford

    Thomas Hannaford

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    Thomas cherche à contribuer à la réforme des institutions qui soutiennent notre économie, afin que la société puisse fonctionner sans dépasser les limites planétaires. Il adopte une approche systémique, façonnée par des expériences tant en entreprise qu’au sein d’initiatives citoyennes. Il est vice-président à la durabilité chez Power Sustainable, une société d’investissement détenue par Power Corporation du Canada. À ce titre, il collabore étroitement avec les équipes d’investissement et les entreprises en portefeuille pour intégrer les considérations de durabilité dans les processus décisionnels.

    Auparavant, Thomas était consultant en stratégie chez Deloitte, où il a soutenu des projets de transformation à grande échelle dans les secteurs public et privé.

    En dehors de son travail, il agit aussi à l’échelle communautaire, en animant des ateliers visant à renforcer la sensibilisation climatique et à encourager l’engagement collectif. Il est également conseiller auprès de l’Initiative de croissance durable de l’Université McGill.

    Thomas est diplômé en génie mécanique de l’Université McGill.

    Fergus Linley-Mota

    Fergus Linley-Mota

    2025/26

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    Fergus dirige le Dialogue on Technology Project (DoT), situé au Wosk Centre for Dialogue de l’Université Simon Fraser à Vancouver, où il fait progresser des approches plus inclusives, responsables et participatives de la gouvernance de l’IA. Il a notamment cofondé une initiative nationale de gouvernance climatique, mené des recherches sur la résilience démocratique au Canada et en Ouganda, et rédigé des travaux sur l’intersection entre la technologie et la politique. Il est diplômé de l’Université Simon Fraser et de l’Université d’Oxford.

    Jimmy Lou

    Jimmy Lou

    2025/26

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    Jimmy est économiste au ministère des Finances du Canada, où il dirige l’analyse des politiques commerciales et la réponse du Canada aux mesures tarifaires internationales. Son travail vise à soutenir les entreprises canadiennes face aux perturbations économiques mondiales et à élaborer des solutions politiques novatrices. Il a occupé des postes clés au sein du gouvernement fédéral, notamment à Affaires mondiales Canada et au Bureau du Conseil privé, où il a géré des dossiers économiques et de politique étrangère et contribué à la réponse du Canada à la pandémie.

    Canadien de première génération, Jimmy a grandi à Vancouver, Montréal et Ottawa — un parcours qui façonne son approche visant à établir des ponts entre politiques économiques et retombées communautaires. Il s’engage à repenser les pratiques établies et à amplifier les voix sous-représentées pour favoriser un changement systémique durable.

    Auparavant, Jimmy a occupé des rôles en recherche et en plaidoyer auprès de l’Office des Nations Unies contre la droguD2:F19e et le crime, de l’Economist Intelligence Unit, de groupes de réflexion et d’organismes sans but lucratif. En dehors du gouvernement, il préside l’Association des anciens de la LSE à Ottawa et dirige des initiatives communautaires et de bien-être. Il est titulaire d’une maîtrise de la London School of Economics et d’un baccalauréat de l’Université McGill.

    Rafaël Provost

    Rafaël Provost

    2025/26

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    Rafaël Provost cumule plus de dix ans d’expérience professionnelle diversifiée. Depuis 2022, il est directeur général d’ENSEMBLE pour le respect de la diversité, un organisme qui lutte contre l’intimidation à travers le Canada. À la tête d’une équipe d’une vingtaine de professionnel·le·s, il se démarque par un leadership bienveillant et mobilisateur. Reconnu parmi les 15 créateurs LinkedIn les plus influents au Québec, il a été nommé dans le top 4 des jeunes gestionnaires du Québec par le Regroupement des jeunes chambres de commerce, et figure parmi les 20 meilleurs directeurs généraux d’OBNL. En 2025, il est aussi honoré comme Jeune leader du concours ESTim.

    Conférencier engagé et chroniqueur dans les médias québécois, Rafaël est passionné par l’humain, la justice sociale et les communications, qu’il place au cœur de toutes ses actions.